Extrait des "Histoires naturelles" de Pline l'Ancien (mort sur la plage lors de l'éruption du Vésuve à Pompéi le 24 août 79) :

Virgile évoque la greffe du noyer sur l'arbousier, du pommier sur le platane, du cerisier sur l'orme. Mais on semble à bout d'invention : depuis longtemps, on n'a pas élaboré de nouveau fruit. La loi religieuse n'autorise pas d'ailleurs n'importe quel mélange d'essences (ainsi on ne doit pas greffer sur des épineux).
C'est la nature qui nous a montré comment greffer avec la graine : les oiseaux affamés absorbent très vite la graine et l'évacuent attendrie par la chaleur du ventre, enrichie par la fiente, sur le bois tendre des arbres qui la reçoivent ; là le vent la pousse dans une fente de l'écorce. Voilà pourquoi nous voyons un cerisier sur un saule, un platane sur un laurier, un laurier sur un cerisier et des baies de toutes les couleurs sur un même arbre ! Il s'agit de la technique de greffe par inoculation : on ouvre un "oeil" dans l'écorce par une incision faite à l'aide d'une alène de cordonnier et on y insère une graine prélevée sur un autre arbre avec la même alène...
...Nous avons vu près de Tibur un arbre qui avait été greffé selon toutes les techniques existantes, et qui portait sur une branche des noix, sur une autre des baies, sur une autre des raisins, des poires, des figues, des grenades et des pommes de multiples variétés. Mais il ne vécut pas longtemps...

Étymologie (d'après le Robert, Dictionnaire étymologique de la langue française)

greffe vient du latin graffium = stylet, poinçon. Par extension, on est passé de l'instrument qui sert à écrire, aux documents écrits et au lieu où on les conserve, le sens juridique du "greffe" (bureau où l'on conserve les actes).
Le sens agronomique est un emploi métaphorique qui date du milieu du XVIe siècle : d'abord une plante insérée dans une autre puis action d'insérer.

enter est issu (fin XIe siècle) du latin populaire imputare (du bas latin impotus, greffe).
Le mot a dû pénétrer en France par les colonies grecques de la Méditerranée, en Provence ; il a été remplacé ensuite par insertare (latin classique inserere, "implanter, greffer").
enter a été concurrencé par greffer à partir du XVIe siècle mais est resté longtemps utilisé dans le midi.
En langage technique enter signifie assembler par une enture deux pièces de bois, bout à bout. Cette expression est tombée en désuétude.
ente, synonyme de greffe, désigne un arbre greffé (XIIe siècle) ; d'où par exemple, prune d'ente. Le dérivé enture a désigné l'action de greffer et s'est spécialisé en arboriculture : fente où l'on place une greffe.